LE QUARTET:

Eric Dubois (guitare, compositions), Mathieu Millet (contrebasse), Eric Navet (batterie, vibraphone), Benoit Baud (saxophone(s))

le fond de page est un croquis de Jean Michel Fessol.

Sortie officielle le 25 février 2022: premier CD du Quartet, 9 titres originaux.

15€

Le bleu sur le vif

Sur le site du label lillois, le texte du guitariste-leader-compositeur évoque un «pillage nourricier auquel se livrent tous les artistes, consciemment ou pas», évoquant «une succession de moments musicaux reflétant diverses influences : du jazz au classique, du rock à la musique contemporaine». J'y entends plutôt, dans le registre de la composition, pour une partie des thèmes, comme une reprise d'un chemin de liberté qui s'est tracé des années 60 aux années 2000, de Dolphy et Paul Motian, à Frisell et au-delà.... Un goût (et un talent) de l'écriture qui va chercher des lignes et des textures qui élargissent l'espace circonscrit du jazz, fût-il au sens large. Beautés mélodiques, tensions subtiles, lyrisme sans emphase et nuances en cascade : c'est un bonheur d'écoute. Éric Dubois, actif depuis plusieurs décennies dans sa région du Nord, a très peu enregistré, et s'est produit en concert, parallèlement à son métier d'enseignant de musique. Il signe là un bel opus, entouré de très bons solistes : à savourer.

Xavier Prévost

Un début remarquable a vu la lumière du jour. L'album éponyme a été enregistré par ÉRIC DUBOIS QUARTET, l'ensemble du guitariste français et espoir du jazz Éric Dubois, et publié sur le label Circum-Disc. Le trio tchéco-slovaque Banausoi a également sorti un excellent premier album sur ce label l'année dernière sous le titre "Imagines"...
Le leader à la guitare et auteur des neuf compositions est rejoint par le saxophoniste Benoit Baud (ex-The Rongetz Foundation), le batteur et vibraphoniste Éric Navet (à cheval entre le jazz contemporain et le klezmer) et le contrebassiste Mathieu Millet ; ce dernier est membre de plusieurs groupes du Circum-Disc. L'année dernière, j'ai chroniqué ici les œuvres du trio More Soma et du quatuor _UNK. Dubois a assemblé le quatuor en tenant compte non seulement des qualités instrumentales de ses compagnons de jeu, mais aussi de sa capacité à comprendre le mode de pensée du musicien et, avec lui, à exprimer l'âme de chaque pièce. Elle est variée, stratifiée, expressive et sonore, et recèle un certain mystère. Un album de cinquante minutes peut ainsi être décortiqué au fil d'innombrables écoutes...L'élément unificateur est cependant constitué par les motifs distinctifs, la netteté des phrases obsédantes et leur développement en forme de bijou, les dynamiques changeantes, la capacité de gradation et les excellents solos de guitare et de saxophone (altos et sopranos). Les procédés de composition sont surprenants, l'auditeur ne sait pas ce qui l'attend au tournant. Il devient à chaque instant un témoin étonné de la puissance créatrice du trèfle d'instrumentistes intrépides. Pourtant, les chansons se tiennent, sont entières, compactes, avec toute la grâce. Le quartet puise dans le hard bop (l'ouverture "Le 7 et le Vide"), le post bop ("Instable") et le free jazz ("Final 2"), mais c'est une fusion fraîche et inédite de jazz et de rock qui prévaut.Une fusion très fraîche, pas une décoction, un bouillon, une liqueur ou une aspiration du jazz-rock déjà épuisé. Le quatuor réussit à éviter un sous-échantillon musical d'où ne peut jaillir qu'une pièce rachitique et estropiée. Au contraire, il plonge dans l'humus le plus juteux, le plus vivant, plein de nutriments florissants, à partir duquel il laisse pousser un arbre généreux aux fruits les plus délicieux. Des fruits comme "Danse de Plus", où une basse luxuriante se joint à la guitare et à l'alto, les peintures sonores laissant place à un rock explosif dans "Un Oiseau sur l'Épaule" (avec la participation d'un vibraphone étincelant, bien sûr) ou les bavardages savamment entrelacés dans "Contre point : Bavargades". Le vibraphone adoucit "La Voix", où le soprano est émotif, alors que dans "Mémoires", il y a une sonorité générale et aérienne d'une mélodie agréable, progressivement épaissie. Le final de l'album appartient à "Terres Grasses", d'abord lâche, puis jazz-rock à fond, dans lequel Millet et Dubois excellent.

 

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Financé en partie de manière participative, ce disque sans titre est le premier du guitariste lillois Eric Dubois qui s’est entouré pour l’occasion d’un quartet incluant le saxophoniste Benoit Baud, le contrebassiste Mathieu Millet et le batteur, également vibraphoniste, Éric Navet. Professeur de musique, Eric Dubois a choisi, dans le cadre du jazz qui permet ce genre d’ouverture, de s’inspirer de différents styles. En conséquence, ses neuf compositions originales sont riches en nuances et tonalités diverses, certaines tirant vers le classique (« Contrepoint bavardages »), d’autres vers le jazz-rock (« Danse de plus ») et d’autres encore vers un jazz aux mélodies angulaires voire avant-gardistes (« Instable », « Final 2 »).

En tant que guitariste, le leader délivre des phrases fluides, jouant les thèmes à l’unisson ou en contrepoint avec le saxophoniste et délivrant des improvisations qui portent une attention constante à l’arrangement et à la structure des morceaux. Daniel Baud, à qui on a laissé beaucoup d’espace pour s’exprimer, apparaît particulièrement à l’aise dans ces miniatures où son jeu de saxophone sinueux, forgé à New-York chez des maîtres comme Kenny Garrett et Tony Malaby, ainsi que son timbre clair font plus que séduire. Ses phrases souples qui s’envolent comme des volutes de fumée dans la seconde partie de « La voix » procurent par exemple une réelle impression de raffinement et de légèreté. En plus, le recours sur certains titres à un vibraphone, joué par le batteur Eric Navet, apporte de belles couleurs harmoniques ainsi qu’une variété bienvenue dans le son du groupe.

Eric Dubois précise dans le dossier de presse : « chacune de ces pièces a fait l’objet de remaniements, de relectures, d’essais et d’explorations et c’est ce ciselage collectif que ce disque prétend aussi présenter ». En définitive, c’est bien cette impression de travail en commun qu’on retient immédiatement à l’écoute de ce premier album qui, par ailleurs, captive aussi par ses contrastes et sa fraîcheur.

 

P. Dulieu

 


Au studio Besco, en mars 2021: extraits. 

Prise de vues de Patrice Théry.